Le bleu céruléen est largement considéré comme le bleu ciel idéal. C'est un pigment semi-transparent, pur et brillant, aux nuances vertes, qui ne réagit ni à la lumière ni aux produits chimiques, ce qui en fait un atout permanent et précieux pour la palette des artistes.
Le bleu céruléen a été découvert grâce à l'invention du bleu de cobalt et est resté inaccessible aux artistes pendant plus de cinq décennies. À son arrivée sur le marché, son prix était conséquent. Malgré ses difficultés, le bleu céruléen n'a cessé de gagner en popularité, admiré pour ses tons bleus froids, parfaits pour des paysages célestes expressifs.
La découverte du bleu de cobalt et la création du bleu céruléen
Le chimiste français Louis Jacques Thénard découvrit le bleu de cobalt en 1802, inspiré du bleu utilisé dans la porcelaine chinoise. Quelques années plus tard, en 1805, le chimiste suisse Albrecht Höpfner créa le bleu céruléen à partir de stannate de cobalt par calcination d'étain, de sels et de silice avec du sulfate de cobalt, donnant ainsi naissance à un pigment minéral synthétique. Il fallut cependant attendre 55 ans avant que ce pigment ne soit commercialisé, lorsque le coloriste anglais George Rowney commercialisa le bleu céruléen sous le nom de « coeruleum ».
Bleu céruléen : la couleur du ciel
Le mot céruléen vient du latin caeruleus, qui signifie bleu foncé, caelum – lui-même dérivé probablement de caelulum, qui signifie ciel. Leatrice Eiseman, directrice générale du Pantone Color Institute, explique : « Contempler un ciel bleu apporte un sentiment de paix et de tranquillité à l'esprit humain. Le bleu ciel est ancré dans notre psyché comme une couleur discrète et paisible. S'entourer de bleu céruléen peut apporter une certaine paix, car il évoque les moments passés en plein air, sur une plage, au bord de l'eau – des moments associés à des moments de repos, de paix et de détente. »

La Gare Saint-Lazare, Claude Monet, Domaine public, via Wikimedia Commons
Le bleu céruléen fut rapidement adopté par les artistes, notamment les impressionnistes, dans leurs peintures à l'huile. La Gare Saint-Lazare (1877) de Monet en est un exemple célèbre : son ciel est sublimé par de vives volutes de fumée céruléenne, presque comme des nuages, au-dessus du paysage brumeux. Disponible récemment en tubes, le bleu céruléen était facile à transporter pour peindre en plein air. L'artiste était tellement déterminé à peindre la gare qu'il décida de louer un appartement à proximité afin de visiter les lieux. Bien que le décor de la gare, très fréquentée, soit celui d'une gare, le tableau est résolument industriel, mais son format est structuré comme celui d'une peinture de paysage. Grâce à la clarté du bleu céruléen, associée à d'autres teintes vives et naturelles comme l'outremer et le véridien, le tableau devient paradoxalement léger et net, d'autant plus lorsqu'on considère le point de vue urbain d'un intérieur.

Sailko, CC BY 3.0 , via Wikimedia Commons
Le bleu céruléen devient un ajout vibrant aux palettes des artistes du XIXe siècle
Le bleu céruléen, tout comme le bleu de cobalt, l'outremer synthétique et d'autres couleurs vibrantes, s'inscrivit dans une nouvelle palette chromatique rapidement adoptée par les artistes de l'époque désireux d'insuffler à leurs tableaux une touche de vivacité et de vie. Le peintre Jehan Georges Vibert qualifiait ces pigments intenses de « ses éclats », tandis que l'impressionniste Pissarro prétendait avoir banni les vieilles couleurs ternes de sa palette, tandis que Monet mélangeait ses ocres et ses kakis à partir de combinaisons complexes de ces nouveaux pigments éclatants. Le bleu céruléen lui-même fut exploité dans les effets pointillistes de mer et de ciel réalisés par Paul Signac, ainsi que dans les vêtements vibrants du Coin d'un café-concert d'Édouard Manet (1878) et de la Journée d'été de Berthe Morisot (1879).

Berthe Morisot, domaine public, via Wikimedia Commons
Le bleu céruléen dans la culture populaire
Au XXIe siècle, le bleu céruléen est devenu, contre toute attente, un élément de la théorie des couleurs. Dans le film « Le Diable s'habille en Prada » de 2006, il est la teinte portée par Andy, une assistante de rédaction de mode, qui affirme ne rien faire pour suivre les tendances. Miranda Priestley, directrice de la rédaction, s'en prend alors à Andy pour lui expliquer l'origine et l'influence de la couleur, en s'inspirant du bleu céruléen.
Priestley explique : « Vous pensez que cela ne vous concerne pas. Vous allez dans votre garde-robe et vous choisissez… ce pull bleu rêche, par exemple, parce que vous essayez de faire comprendre au monde que vous vous prenez trop au sérieux pour vous soucier de ce que vous portez. Mais ce que vous ignorez, c'est que ce pull n'est pas seulement bleu, ni turquoise, ni lapis-lazuli, il est en réalité bleu céruléen. Vous ignorez aussi aveuglément qu'en 2002, Oscar de la Renta a créé une collection de robes bleu céruléen… Puis, elle a filtré dans les grands magasins, avant de se retrouver dans un coin décontracté tragique où vous l'avez sans doute pêchée dans une poubelle de déstockage. » Priestley utilise le pouvoir d'une couleur comme le bleu céruléen pour démontrer que les décisions des entreprises se répercutent sur notre quotidien, que nous en soyons conscients ou non. Peu importe à quel point quelqu’un pense être désengagé, l’acte d’acheter des vêtements, dans cet exemple, signifie que vous adhérez aux décisions que quelqu’un prend en fonction de l’impact influent de la couleur.
Le bleu céruléen à l'âge moderne
Le Bleu Céruléen est un pigment toujours coûteux, et il reste aussi populaire aujourd'hui qu'à ses débuts. Il est particulièrement prisé pour le portrait. Au premier abord, le Bleu Céruléen apparaît intense sur la palette, mais en le mélangeant à d'autres couleurs, son intensité s'affaiblit considérablement, et c'est cette faible intensité qui fait son super pouvoir. Sur la palette, il offre une multitude de possibilités pour créer une gamme d'effets atmosphériques subtils : ciel, mer, mode et bien plus encore.
