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Histoire de Couleurs : Vermillon

Brillant, distinctif et audacieux, le vermillon a laissé son empreinte dans l’histoire de l’art depuis des millénaires. Découvrez l’univers de ce rouge intense et fascinant.

Le vermillon à travers les âges

L’orange-rouge brillant et distinctif qu’est le vermillon a été utilisé partout dans le monde pendant des milliers d’années. De l’art et la décoration de l’Égypte antique, de la Chine et de Rome, jusqu’aux manuscrits du Moyen Âge et aux peintures de la Renaissance, le vermillon à son état le plus pur était fabriqué à partir de cinabre. Aujourd’hui, sa version synthétique est largement utilisée, dans des domaines aussi variés que la restauration d’œuvres d’art, les cosmétiques, les vêtements cérémoniels, ainsi que les peintures pour voitures et pour intérieur.

Les origines du vermillon

Le mot « vermillon » vient du français vermeil, désignant toute teinture rouge. Le vermillon naturel est un pigment opaque, d’un orange-rouge éclatant, extrait du cinabre en poudre. Or, le minerai de cinabre contient du mercure, ce qui rendait le vermillon toxique. Cela signifiait que beaucoup de mineurs de l’Antiquité qui extrayaient ce minerai payaient un prix élevé, certains perdant même la vie.

Le rouge de Chine

On pense que la Chine a été la première à synthétiser le vermillon à partir de mercure et de soufre — la plus ancienne description connue de ce procédé remonte au VIIIᵉ siècle. On l’appela alors « rouge de Chine », et son impact fut immense. La couleur devint un symbole de noblesse, présente dans les laques rouges utilisées pour décorer les palais royaux et dans l’encre calligraphique rouge réservée aux empereurs. Elle faisait également partie du quotidien : le vermillon servait de pâte d’impression pour les sceaux personnels.

L’évolution d’une couleur précieuse

Le vermillon était tout aussi prisé des Romains, qui peignaient le visage de leurs généraux victorieux de cette teinte éclatante. Cela faisait écho au visage vermillon de Jupiter Capitolinus dans le temple de la colline du Capitole. Comme le cinabre pur était rare, le vermillon devenait extrêmement coûteux. Le prix fut fixé par l’État romain à 70 sesterces la livre — soit dix fois le prix de l’ocre rouge à l’époque.

Le vermillon continua d’être une couleur chère et recherchée jusqu’au XIIᵉ siècle, malgré l’apparition du vermillon synthétique. Au XIVᵉ siècle, sa fabrication devint plus courante. Grâce à sa reproductibilité et au contrôle du processus, le vermillon synthétique fut très tôt considéré comme supérieur au pigment naturel. Sa popularité en Europe était telle qu’il coûtait autrefois autant qu’un ornement doré, et il servait principalement à l’illumination de manuscrits, présent dans des kits d’ornementation disponibles dès le début jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle.

Des développements, bons et mauvais

Inspirés par le passé, les Hollandais utilisèrent à partir du XVIIᵉ siècle une méthode de fabrication du vermillon basée sur celle adoptée dans la Chine antique. On mélangeait mercure et soufre fondu pour obtenir du sulfure de mercure noir, chauffé ensuite dans un alambic, produisant de la vapeur. Celle-ci se condensait pour donner une forme cristalline rouge vif. Le pigment était ensuite gratté, traité dans une solution alcaline pour retirer le soufre, puis lavé et broyé sous l’eau.

Au milieu du XIXᵉ siècle, le vermillon chinois était de nouveau considéré comme la forme la plus pure, notamment comparé à la variété européenne. Pour éviter le coût élevé du cinabre, les Européens substituaient des matériaux moins chers — poussière de brique, orpiment, oxyde de fer, rouge perse, écarlate iodé ou plomb rouge. Cela se faisait au détriment de la stabilité du pigment, souvent fragilisée.

Le vermillon aujourd’hui

Au XXᵉ siècle, l’intérêt artistique pour le vermillon diminua à cause de son coût et de sa toxicité. Le rouge cadmium, tout aussi intense et opaque, devint une alternative populaire. Mais culturellement, le vermillon conserve une immense signification : chez les Hindous, les femmes appliquent le vermillon appelé sindoor sur la raie de leurs cheveux pour signifier leur mariage, tandis que les hommes en portent souvent sur le front lors des cérémonies religieuses. Dans la culture taoïste, il est considéré comme la couleur de la vie et de l’éternité.

Aujourd’hui encore, le pigment vermillon est majoritairement synthétisé en combinant mercure et soufre fondu. Le vermillon naturel provient surtout du cinabre extrait en Chine, bouclant ainsi la boucle du voyage de cette couleur — de la Chine à l’Europe et retour.

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